De Langue à langue par Souleymane Bachir Diagne

Nous avons le plaisir de vous informer de la sortie du nouveau livre de Souleymane Bachir Diagne, Président du Conseil scientifique d’Erasmus Expertise

De langue à langue. L’hospitalité de la traduction » aux Éditions Albin Michel

Si la traduction manifeste le plus souvent une relation de profonde inégalité entre langues dominantes et langues dominées, elle peut aussi être source de dialogue, d’échanges, de métissage, y compris dans des situations d’asymétrie, propres à l’espace colonial, où l’interprète, de simple auxiliaire, devient un véritable médiateur culturel.
Traduire, c’est donner dans une langue hospitalité à ce qui a été pensé dans une autre, c’est créer de la réciprocité, de la rencontre, c’est faire humanité ensemble. Par cet ouvrage Souleymane Bachir Diagne nous invite à explorer et franchir les seuils culturels en s’attachant particulièrement aux « scènes de traduction » qui sont autant de situations de rencontres entre cultures et langues.

Il s’intéresse aux interprètes en situation coloniale. L’interprète colonial n’est pas un traducteur mais un simple truchement car l’espace colonial interdit toute relation de réciprocité entre les langues. Il devient pleinement traducteur lorsqu’il est « écrivain « , traduisant l’orateur en écriture.

Les scènes de traduction sont liées à ce que l’on appelle la translatio studii (référence faite au transfert des savoirs du monde grec au monde latin puis chrétien). La translatio studii, parcours allant d’Athènes à Tombouctou en passant par Bagdad, Cordoue et Fez, est l’occasion de réfléchir au devenir philosophique de la langue arabe, devenir qui concerne aussi les langues africaines. Dans la continuité de cette réflexion sont abordées les questions théologico-philosophiques et les aspects politiques de la traduction de « la Parole de Dieu » (notamment le Coran) dans les langues profanes.

Prenant appui sur la l’idée « d’universel latéral » élaborée par Merleau-Ponty, Souleymane Bachir Diagne revient sur la place de l’universel qui serait à chercher dans la relation entre les langues. La réalisation de l’universel serait ainsi traduction : « traduction des langues », la langue des langues, en référence à l’écrivain Kenyan Ngugi Wa Thiong’o.