Erasmus+, les mobilités hybrides-Défis et/ou opportunités ?

La construction européenne avait effacé les frontières entre les états, la monnaie unique contribué à les rassembler, la circulation sur l’espace Schengen était devenue « promenade », les projets de toutes sortes s’en trouvaient facilités.
Mais voilà que la crise liée au COVID 19 interpelle l’Europe dans ses fondements les plus essentiels, rétablissant provisoirement les frontières, incitant à une forme de « nationalisme » protecteur…. De nombreux étudiants en mobilité se sont trouvés pris au piège de la fermeture des pays au cours des derniers mois.

La crise sanitaire que nous traversons correspond à la dernière année du programme Eramus+14/20, il est certain qu’une nouvelle ère s’annonce avec le programme 2021-2027. Ce dernier pourrait introduire un changement de paradigme culturel des mobilités en faisant la part belle au numérique. A cette crise qui a immobilisé la planète durant de nombreuses semaines s’ajoute la nécessité de mesurer et compenser les émissions de gaz à effet de serre liées à nos déplacements. Pour une Europe plus verte, plus en phase avec elle-même il nous faut tenir compte des impacts négatifs sur le climat que génèrent les (trop) nombreux déplacements en lien avec le programme Erasmus+.

Dès le mois de décembre 2019, la commission européenne et les agences nationales nous encourageaient à penser des « mobilités plus douces » par l’usage de transports plus propres…. La période de confinement a mis en exergue les effets positifs de l’absence de déplacements sur notre planète, le « vivant » s’est organisé différemment, la circulation internationale des savoirs a pris la route du numérique, forçant bon nombre d’enseignants à dépasser leurs résistances au changement de pratiques pédagogiques.

En ces temps de crise la commission européenne envisage une nouvelle stratégie pour les mobilités, la notion de « mobilités hybrides » voit le jour, invitant à repenser la circulation des étudiants en associant mobilité géographique et activités virtuelles à distance.

La situation est complexe car il ne faut pas perdre de vue que le programme Erasmus a su à la fois séduire les étudiants (son public cible), convaincre l’opinion publique, renforcer l’émergence d’une citoyenneté européenne, élargir progressivement, au fil des ans, son champ géographique. Les mobilités étudiantes constituent également un levier non négligeable de développement des coopérations internationales entre universités, entreprises, organisations associatives sur d’autres actions que celles des mobilités.

Le programme Erasmus a ainsi ouvert tous les espoirs, permettant de généraliser la pratique de la circulation des étudiants au cours de leur parcours de formation, ce fut sans doute une des plus grandes évolutions et révolution de l’enseignement supérieur international des dernières décennies. Alliance du plaisir humain d’être avec les autres, d’acquérir des compétences formelles/informelles et des connaissances « in situ », le programme Erasmus a su cultiver une certaine proximité avec « l’Eloge de la folie » ouvrage le plus simple et le plus connu d’Erasme, qui devint comme le remarque Stefan Zweig « sous son masque de carnaval, un des ouvrages les plus dangereux de son temps » prônant l’Europe comme puissance culturelle, démocratique, économique, éducative…

C’est donc un défi important que nous devons relever avec les mobilités hybrides, impliquant de nouvelles missions pour l’université en particulier dans le domaine du numérique. Il s’agit cette fois d’intégrer résolument le E-learning et une « pédagogie universitaire numérique » dans un projet global d’établissement. Jusque-là plutôt timidement utilisé, l’espace numérique devrait devenir un réel lieu d’action pédagogique, voire de professionnalisation où se produiront bon nombre d’activités, où se déroulera une portion fondamentale de la vie étudiante. Le web est un espace très familier pour les étudiants : ils écrivent un billet sur un blog, s’expriment sur les réseaux sociaux, cherchent des solutions à différents problèmes, inscrivent sur leur page Facebook des commentaires d’articles ou de cours, tchattent avec leurs amis, « Googlent » le nom de leur prof avant son premier cours…etc… Durant le confinement bon nombre d’étudiants « ont tutoré » leurs enseignants pour faciliter la continuité de la vie pédagogique….

L’usage du numérique par les équipes enseignantes semble plus timide, force est de constater qu’il certaines équipes en sont encore aux balbutiements…
Les universités qui n’ont pas emboité le pas ont ainsi à mettre en chantier les projets d’intégration du numérique pour moderniser leurs approches pédagogiques, proposer des plateformes d’apprentissage à distance à l’ensemble du corps enseignant et aux étudiants y compris ceux venant d’autres pays. C’est à cette condition que pourra s’optimiser à court terme l’expérience d’apprentissage et d’enseignement pour tous sur un espace international.

Le numérique est dans notre quotidien, il fonde notre rapport au monde, il ne s’agit donc plus de discuter sa pertinence et l’intérêt de son usage dans le contexte formel de l’université mais bien de réfléchir aux conditions optimales de son intégration réussie. Cette intégration nécessite que toute la communauté éducative pense la stratégie de pédagogie numérique comme axe essentiel du projet d’établissement et de son internationalisation. C’est en effet dans le cadre de l’internationalisation que se présentent souvent les innovations déterminantes, les changements de paradigme, les inventions permettant de s’adapter aux contextes. C’est ce défi que nous invite à relever la commission européenne via la mise en place de mobilités hybrides qui doivent être conçues comme de véritables parcours innovants sans tomber dans le piège d’une juxtaposition hasardeuse entre mobilité physique et enseignement à distance. Il semble ainsi utile et urgent d’alimenter le débat, de conforter peut-être la formation des équipes enseignantes sur le thème de la pédagogie numérique. Les plateformes pédagogiques doivent devenir des outils vivants, animés et dynamiques, espaces réels d’apprentissage consolidant, mutualisant, disséminant jour après jour les interventions de tous à l’échelle internationale. Ainsi pensés, les espaces numériques d’apprentissages renforcent l’identité pédagogique numérique de l’établissement et conforte sa place sur la scène internationale de la connaissance.

A l’heure où la stratégie de la commission européenne met en avant l’importance de parcours hybrides, il faut considérer les compétences pédagogiques des enseignants et des encadrants comme élément essentiel sur lequel repose la conception de mobilités de qualité, singulières et innovantes. La maitrise de la pédagogie numérique, l’accompagnement qualitatif à distance des étudiants constituent des atouts essentiels et incontournables de mobilités réussies privilégiant la construction et le développement de compétences formelles et non formelles. Dans ce contexte l’université devra réfléchir au profil des étudiants accueillis ou proposés à la mobilité : quelles tâches leur seront confiées à distance ? Quelles exigences en matière de maitrise de la langue ? Quelles expériences formatives, éducatives, citoyennes proposer dans le cadre d’activités virtuelles ? Des « référentiels mobilités » devraient-ils voir le jour à plus ou moins long terme ?

Il s’agit bien de concevoir des parcours permettant aux étudiants d’intégrer la dimension internationale de leur cursus à partir d’activités à distance qui ne peuvent se réduire au suivi de cours en ligne mais doivent faciliter une vision réaliste de l’espace international dans lequel s’inscrivent leurs études et leur futur métier. Chacun doit rapidement avoir conscience d’une démarche internationale d’apprentissage pour envisager sa professionnalisation à l’échelle de plusieurs pays, voire plusieurs continents. Il est certain que la professionnalisation se confortera pas les expériences de terrain, là encore il faudra sans doute préciser quelles activités l’étudiant devra réaliser sur le terrain, quel doit être ce terrain (lieu, durée, moments opportuns….), quels seront les incontournables pour aboutir aux compétences requises à l’issue de son parcours de mobilité hybride ? Les mobilités géographiques seront nécessairement pensées à partir de « cibles de professionnalisation et d’employabilités », pas seulement au gré d’opportunités liées à des rencontres, des lieux à découvrir. Il s’agit ainsi de penser les mobilités hybrides dans un rapport diachronique et synchronique entre projet personnel et projet professionnel de l’étudiant.

Dans ce contexte il pourrait être utile de mieux appréhender l’approche par compétences, pilier européen de l’éducation sur lequel se fondent tout en se distinguant les compétences formelles (celles liées à l’exercice du métier) et les compétences informelles (construites en immersion touchant la socialisation, la culture, l’apprentissage des langues…).

Les mobilités hybrides sont ainsi un important défi à relever elles sont également des opportunités pour ouvrant vers de nouvelles conceptions de parcours des étudiants via le numérique.

Cette opportunité engage la communauté scientifique à analyser comment le numérique pénètre aujourd’hui le monde de l’enseignement supérieur et de la formation, renforce les coopérations internationales par la convergence d’objectifs entre les trois pôles du triangle Innovation- Recherche-Formation.

Le temps de la méfiance entre deux mondes (enseignement présentiel et à distance) trop longtemps éloignés est révolu. La crise que nous traversons nous invite à être attentif à un meilleur usage des mobilités étudiantes en lien avec l’employabilité, le projet de vie des étudiants en prenant appui sur les possibles qu’ouvre le numérique.

A l’image du living-lab et usant de sa démarche innovante, il s’agit d’inventer des mobilités permettant un continuum du programme Erasmus et tenant compte des environnements dans lesquelles elles s’inscrivent. Notre continent ne saurait se passer de cette analyse essentielle à la réussite d’un idéal devant progressivement devenir réalité : la conception de mobilités étudiantes hybrides et plus vertes ! Gageons que les initiatives qui seront prises dans les mois à venir pour innover vers des mobilités hybrides garantissent la suite du succès du programme Erasmus+…

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